Déposer les armes.

« Tu es une guerrière. »

Qu’est-ce que j’ai pu vous l’entendre dire… Apparemment, je suis à vos yeux de celles qui se battent. Pour elles, pour les autres, pour tout, pour rien. De celles qui font front, celles qui luttent, y compris face au désespoir – ou même avec l’énergie d’icelui. De celles qui construisent des murs pour protéger, des ponts pour franchir, des bibliothèques pour savoir et transmettre, aussi. De celles qui donnent, du temps, de l’énergie, de l’amour. De celles qui sont fortes et braves. De celles que rien n’arrête. Vous semblez me percevoir comme courageuse et déterminée, toujours capable de prendre les armes.

Aujourd’hui, je n’ai qu’une envie : les déposer.

Elle est fatiguée, votre guerrière. Elle n’en peut plus de se battre sans cesse. Vous avez la moindre idée de ce que ça fait à un esprit, des années de bataille contre soi-même pour enfin accepter qui l’on est, tout ça pour s’entendre dire qu’il faudra encore des années pour que les autres l’acceptent à leur tour ? Je vous assure que ça éreinte. J’ai la sensation de n’être plus que ça. J’aspire à la sérénité, à la paix, au calme, et je me retrouve à me battre en permanence. Pour survivre, pour ne plus subir, pour mes droits, pour ceux des autres, pour un avenir plus beau, pour changer le monde. Prétentieuse ? Bah. Peut-être un peu, et alors ? Au moins, j’ai essayé. J’ai voulu changer les choses, j’ai eu de l’espoir. Sans espoir, qu’est-on ? Sans volonté, sans tenter quoi que ce soit, pourrions-nous seulement exister ?

Et aujourd’hui, je perds pied. Ma volonté s’effiloche jour après jour, et lutter comme une diablesse contre cette société réactionnaire et cloisonnée me semble de plus en plus impossible. Je perds l’espoir, et avec lui, le goût des choses, le goût des autres. J’ai “le cœur qui déborde d’amour”, comme l’a dit une personne ayant une place à part dans celui-ci ; mais il déborde tant et tant que j’ai peur de m’y noyer. De demander autant que j’ai à donner. Et in fine, d’y noyer les autres. Ou de les faire fuir, les uns après les autres, effrayés par un tel déversement.

J’ai voulu montrer l’exemple, pour ne plus avoir honte de mon passé. J’ai voulu transmettre, pour ne plus me sentir égoïste. J’ai voulu accompagner, pour me sentir fière. J’ai voulu revendiquer, pour me penser légitime. J’ai voulu apprendre, pour ne plus subir. J’ai voulu être forte, pour ne plus être victime. Tout ce que j’ai voulu être, faire, je l’ai été, fait. Et pour quoi ? Pour quel résultat ? Quelques petites avancées, qui me semblent parfois insignifiantes. Un prénom changé. Tout ça, pour ça ? Est-ce que ça le valait ? Est-ce que ça valait les coups, les menaces, les injures, les larmes, la souffrance, les courriers, la rage, la hargne, les pertes, les deuils ?

Elle est au bout de ses forces, votre amazone. Elle ne veut plus croiser le fer. Elle a besoin de calme, de verdure, de forêt, d’océan. Elle a besoin d’un rayon de soleil au couchant, d’un chant d’oiseau, de musique et de danse. Elle a besoin de rires, de bras, de lèvres, de regards tendres. Pour oublier que le lendemain, il faudra recommencer.

Jusqu’à déposer les armes, une dernière fois.

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