Dans une groseille [1/3]

Parce que si les filles naissent dans les roses et les garçons dans les choux, pour moi, je ne vois que ça.

Préambule, par Roxane.

Bonjour tout le monde !

Comme vous l’aurez constaté, je ne publie pour ainsi dire rien ces derniers temps, pour diverses raisons. Et ça ne changera pas immédiatement ! Pour vous transmettre malgré tout des informations, comme expliqué dans la présentation de ce blog, j’invite du monde mieux placé que moi pour parler de certains sujets ! Aujourd’hui, je laisse se présenter une personne chère à mon cœur, qui va vous transmettre son témoignage sur un sujet bien trop méconnu encore. Cet article, pour en faciliter la lecture et fidéliser honteusement le lectorat, sera scindé en plusieurs parties. Voici donc la première !

Roxane, out.

Intro

Hello ! Surprise, ce n’est pas Roxane mais un invité mystère !

it's classified

Ouuuuuuuuh

Bon, je vais quand même me présenter rapidement, que vous sachiez un peu qui vous parle. Donc voilà, je m’appelle Elie, j’ai 27 ans, je suis agenre et j’utilise le pronom iel avec les accords au masculin. (L’identité mystère n’aura pas duré longtemps….). C’est la première fois que j’écris pour un blog, je m’en remets donc à votre indulgence si mon récit n’est pas bien structuré.

Commençons par se mettre d’accord sur la terminologie : le sexe (ce qu’on a entre les jambes) et le genre (ce qu’on a dans la tête) n’ont aucun lien entre eux. Si vous êtes sur ce blog vous le savez sans doute déjà, mais je préfère m’en assurer.

Si le terme agenre (ou non-binaire) ne vous parle pas, ça ne m’étonne même pas tant que ça. Peu de gens, même celleux qui sont « au courant » des personnes transgenres, savent qu’il y a plus de deux genres. En même temps, depuis l’enfance on nous rabâche qu’il y a « les filles » et « les garçons ». Si « une fille » n’agit pas comme « une fille », c’est un garçon manqué… Et si « un garçon » n’agit pas comme « un garçon », c’est un garçon efféminé. Garçon ou fille. L’un ou l’autre. Deux petites possibilités et un océan d’incompréhension quand tu ne te retrouves dans aucun des deux.

Voilà ce que la société m’a appris dès la naissance, ce monde binaire. Je vais donc vous parler du monde non-binaire, merveilleux et magnifique (oui, oui, j’ai un avis totalement objectif !), qui existe et que j’ai découvert il y a peu de temps.

Explication non-binaire

Non-binaire, c’est un terme qui rassemble toutes les identités de genres qui ne sont pas « fille » ou « garçon ». Quand on ouvre la boîte de la non-binarité, on découvre très vite que c’est plus complexe qu’une histoire de « troisième genre ». Et il n’y a pas une façon d’être non-binaire mais des dizaines de possibilités !

one, one !!

Non-binaire, agenre (c’est moi !), neutrois, demie-fille, demi-garçon, genderqueer, bigenre, fluide dans le genre (genderfluid)… Des dizaines de dénominations que des personnes ont créé afin d’avoir des mots pour se définir. Les réacs de la langue française diront que c’est n’importe quoi, que ces mots ne sont pas dans le dictionnaire et que, par conséquent, ils n’ont aucune valeur et doivent être ignorés. Ce à quoi je répondrais : vapoter, selfie et zumba ont été ajouté au dictionnaire depuis peu, on en parle ? (info inutile à part : le correcteur orthographique de word ne reconnait que « zumba », voilà voilà~)

Biographie, moi et mon genre

Quand j’ai fait mon coming out à une amie, elle m’a posé une question qui revient souvent quand on parle de transidentité : « comment tu sais ? ». Suivi de : « il y a plein de façons d’être une fille alors pourquoi, toi, tu dis que tu es non-binaire/agenre ? ». Et je comprends qu’on puisse ne pas comprendre d’emblée. Les personnes cisgenres ne se posent globalement jamais de questions sur leur genre, alors c’est pas facile à imaginer. Le genre, c’est une question de ressenti, et expliquer un ressenti c’est assez compliqué. La meilleure méthode pour répondre à ça c’est de retourner la question : « et toi, sans me parler de ton corps, comment t’as su que t’étais une fille ? », effet garanti ! (Aparté pour Jar Jar : je ne t’en veux pas du tout pour cette question, hein !)

Mais je vais essayer de vous parler de ce ressenti, et donc pour ça, il va falloir remonter à mon enfance.

Famille

Comme pour beaucoup de gens, les médecins se sont trompés à ma naissance et ont dit à mes parents que j’étais une fille à cause de ce que j’avais entre les jambes. Ils sauvent des vies mais ils sont parfois pas très finauds les médecins.

Aussi longtemps que je me souvienne, je ne me suis jamais senti « fille ». Jusqu’à mes 9-10 ans, je pensais même que je voulais être un garçon. Ben oui ! Comme je n’étais pas une fille, j’étais forcément un garçon du coup, non ? (Non).

my sweet summer child

Moi maintenant à moi enfant

Mais j’ai eu la chance d’avoir des parents géniaux, qui ne se sont jamais efforcés de renforcer des stéréotypes de genres sur moi (ou sur mon frère ainé d’ailleurs).

J’ai donc pu arrêter de porter des robes à 4 ans sans souci (et c’était seulement pour quelques rares occasions avant ça), au grand dam des amies de ma mère qui trouvaient ça « tellement dommage » (beurk, beurk, beurk, gardez vos réflexions d’un autre âge pour vous s’il vous plait !). Je m’habillais « comme un garçon », ce qui n’était pas dur vu que je récupérais tous les vêtements de mon frère devenus trop petits pour lui (aussi ceux de mes cousines, mais je les aimais moins ceux-là, trop de pastel et de dentelle qui renvoyaient une fausse image de moi). Et aussi, quand personne ne pouvait me voir (et c’est la première fois que je parle de ça !), je rentrais toutes mes boucles blondes sous ma casquette, qui quittait rarement ma tête, pour faire comme si j’avais les cheveux courts.

Mes parents ne m’ont jamais forcé à m’habiller d’une certaine façon, ou à jouer uniquement avec certains jouets, ou à me comporter d’une certaine manière « parce que je suis une fille ». J’ai eu autant de Barbie et poupées que d’Action Man et autres GI Joe en cadeaux. Ils ne m’ont jamais fait sentir étrange et différent quand je demandais des cadeaux « de garçons » (malheureusement, la société, elle, ne se gênait pas…). Ils m’ont toujours encouragé à faire les jeux, sports et activités qui me plaisaient. Ça n’a jamais choqué personne dans mon entourage (du moins, pas que je sache) de voir mon grand frère et moi jouer au foot ET aux Barbie ensemble.

brilliant

Mais rassurez-vous ! Ma mère me reprenait quand même sans cesse à l’adolescence quand je me tenais mal ou quand elle espérait voir mes mains enfin hors de mes poches. Mais jamais elle ne l’a fait en disant « c’est pas féminin cette posture ». Jamais. Elle me disait « c’est pas élégant », « c’est impoli ». Je ne me suis rendu compte que très récemment en quoi ces phrases neutres étaient merveilleuses : elles ne renforçaient pas une pression sociale de genre déjà existante sur mes épaules. Elles montrent peut-être même que ma mère se rendait compte que je n’étais pas une fille. Toujours est-il que j’avais cet environnement merveilleux à la maison, et je me rends compte maintenant de la chance que j’ai eue !

Je ne me souviens que de 2 moments où j’ai été ramené à mon genre de naissance de manière désagréable pendant mon enfance. Deux moments où je m’étais habillé de manière plus traditionnellement féminine (comprenez robe + maquillage). Deux moments où mon père m’a vu et m’a dit, tout sourire : « Ohhhhh, j’ai une fille ! ». Deux moments où j’avais eu juste envie de courir dans ma chambre, d’arracher mes vêtements et de me cacher sous ma couette. Entendre ça quand tu es effectivement une fille, c’est déjà bien énervant : « Donc le reste du temps, quand je ne m’habille pas comme ça, je suis quoi ? Un cactus ? Je ne peux pas être une fille si je ne respecte pas les codes imposés par la société ??». Entendre ça quand tu sens qu’il y a un truc différent au fond de toi mais que tu ne sais pas quoi, c’est bouleversant sur beaucoup de niveaux. Mais, ayant toujours eu un caractère plutôt bien affirmé (euphémisme), mon énervement contre mon père la seconde fois (je crois que j’avais 14-16 ans) m’a permis de ne plus jamais l’entendre dire ces mots-là ! A la place, il me disait que j’étais bien habillé, ou élégant ! (Un petit message pour les parents qui lisent peut-être ces lignes : ne ramenez jamais votre enfant à son genre assigné à la naissance s’il vous plait ! S’iel est cisgenre, ça ne servira qu’à renforcer des stéréotypes genrés dont on se passerait bien. Et s’iel est transgenre, vous prenez le risque de la.le blesser.)

Enfin voilà, j’ai grandi comme ça, assigné fille mais jamais ressenti fille. J’ai fini par comprendre que je n’étais pas un garçon pour autant. Je ne me reconnaissais donc dans aucun de ces deux genres. Mais je ne connaissais rien d’autre.

Vers la fin de l’école primaire j’ai arrêté de me poser des questions, et j’en étais arrivé à penser que j’étais juste « une fille bizarre » (beurk), ou « une fille pas comme les autres » (beurk, beurk, beurk).

Adolescence – Fac

Sont arrivées ensuite les années collège et lycée, que je vais survoler car beaucoup de mauvais souvenirs y sont associés. Ces années où les adolescents se cherchent et se trouvent, moi je les ai passées à lire, regarder des séries à la tv, à étudier en permanence et surtout, surtout, à ne pas penser à mon quotidien à l’école. Je ne réfléchissais plus à mon genre, ni à mon attirance romantique d’ailleurs. De manière complètement inconsciente, j’ai progressivement poussé ces deux choses-là dans un recoin bien caché de mon esprit.

L’université était beaucoup mieux, mais je persistais avec mon étiquette de « fille étrange, différente » et me gardais bien de penser à mon genre ou de parler de mes pensées d’enfant à mes nouveaux amis. Le sujet de mon genre a cependant commencé à refaire surface pendant ces années-là (Pa pappa pappa ), lentement, doucement, à coup de « c’est bizarre mais je crois je ressens pas les mêmes choses que mes amies filles », ou de « mais pourquoi ça m’énerve autant quand on sépare le groupe avec les mecs d’un côté et les filles de l’autre ? », ou encore « je sais pas pourquoi, mais j’aime beaucoup que certains toilettes soient mixtes dans ce bâtiment » (spéciale dédicace au Bâtiment L). C’était lent et laborieux, pour moi, de découvrir mon genre. Mais un beau jour de décembre 2014, je me suis créé un tumblr, et tout s’est accéléré !

To be continued…

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s