Mes amours, mes bonheurs.

Des coming-out, j’ai eu à en faire plusieurs dans ma vie.

Le premier, c’était annoncer ma bisexualité – je ne connaissais à l’époque pas le mot “pansexualité”, adopté depuis. J’avais 17 ans quand j’ai pu le faire, sans trop de complexes. Oh, bien sûr, j’ai subi des injures ou des remarques déplacées, mais ce fut dans l’ensemble assez aisé pour moi. Ma réplique ? “Je m’assume parfaitement, ce sont les autres qui ont parfois du mal à m’assumer.”

Vous en connaissez un autre, ma transidentité. Celui-ci, vous commencez à en connaître l’histoire.

Mais il y en a un que je n’ai évoqué qu’à demi-mot ici pour le moment, et j’ai aujourd’hui besoin de le faire. Ce n’était pas le prochain article prévu, mais… il compte beaucoup pour moi. Je suis polyamoureuse.

Infinity heart
Le cœur infini (infinity heart), symbole du polyamour.

Polyquoi ?

Déjà, commençons par définir ce que le polyamour n’est pas, pour éviter les clichés habituels et leurs écueils.

Ce n’est pas du libertinage. Le polyamour n’implique pas de vie sexuelle débridée, d’échangisme, de plans à trois ou plus, et j’en passe. Ce n’est pas incompatible, entendez bien, et je ne critique en rien ces modes de vie ; ce n’est simplement pas la même chose.

Ce n’est pas non plus de l’adultère. Il s’agit généralement de relations basées au contraire sur une grande confiance, de la sincérité, de la communication, de l’échange. Aucune tromperie, aucun mensonge, aucune cachotterie.

Ce n’est pas non plus de la polygamie. Tout le monde ne vit pas forcément sous le même toit, même si cela arrive. Il n’y a pas non plus une personne entourée de toutes ses relations automatiquement : une relation polyamoureuse l’est fréquemment dans les deux sens.

Le polyamour, c’est simplement le fait de pouvoir ressentir des sentiments amoureux envers plusieurs personnes en même temps, et parfois de vivre plusieurs relations simultanément. Il ne s’agit, en somme, que d’amours plurielles. Comme tout type de relations, il est protéiforme. Vous trouverez des relations entre trois personnes mutuellement amoureuses, surnommées de façon amusante “trouple”. Vous verrez des “polyfidélités”, aux unions restreintes et exclusives à leur manière. Vous rencontrerez des relations hiérarchisées, avec une ou plusieurs amours principales, et des amours secondaires. Toutes ces façons de s’impliquer romantiquement sont aussi valables que les relations exclusives, du moment que le respect des personnes impliquées est présent. Et d’après mon expérience, il l’est au moins autant que dans les couples classiques.

Mon polyamour.

Je suis depuis plus de neuf ans en couple avec la même femme. Nous vivons sous le même toit, nous avons deux enfants. Il s’agit d’une relation stable et solide, non ?

Cette compagne sait depuis longtemps que j’ai un cœur d’artichaut : je donne des feuilles aisément, parfois rapidement. Elle sait aussi que je ne les reprends presque jamais. Il est rare que l’amour ressenti pour une personne disparaisse ; j’ai encore des sourires tendres quand je pense à des relations pourtant achevées depuis des années, et les “exs” avec qui je suis encore en contact me donnent parfois de doux frissons rien qu’en me saluant. Ce sont des sentiments sereins, agréables et doux, dont la passion s’est parfois évanouie, mais qui laissent une trace indélébile.

Cependant, je n’avais jusqu’à peu jamais vécu plusieurs relations en même temps. Ce fut donc une grande surprise lorsque des déclarations furent échangées un soir d’octobre avec une jeune femme.

À partir de là et pour simplifier lecture et écriture tout en respectant leurs vies privées, la maman de mes enfants sera appelée “ma chère et tendre” comme je la surnomme souvent, et ma compagne plus récente “mon coquelicot”.

La première personne au courant fut, le jour même, ma chère et tendre, et la nouvelle fut accueillie avec un sourire indiquant l’évidence de la chose. On aurait pu s’attendre chez d’autres personnes à une jalousie, ou du moins des inquiétudes ; il existe un sentiment typique des personnes polyamoureuses, appelé “compersion” : un bonheur purement empathique vécu devant celui d’une autre personne. Me voyant heureuse avec cette autre, le bonheur fut simplement partagé.

Mon coquelicot est également polyamoureuse, et nous vivons toutes deux les choses de la même manière. Le sentiment de jalousie nous est inconnu ; nous pouvons parler de nos relations, amoureuses ou intimes, avec d’autres en toute liberté ; quand une attirance ou des sentiments apparaissent, l’autre est la première informée. La confiance est absolue, tout comme la sincérité : nous avons notre vie privée, mais nous célébrons nos joies et réconfortons nos peines mutuellement. Aucune hiérarchie n’existe dans mon cœur ou le sien.

N’allez cependant pas croire qu’il n’existe aucune règle. Par exemple, le lit conjugal est exclusif ; pour ma chère et tendre, c’est un symbole important, et il va de soi que je le respecte. En conséquence, lorsque mon coquelicot est venue à la maison, il a suffi de déplier le canapé lit pour partager sa couche.

Oui, j’ai dormi avec elle sous le même toit que ma chère et tendre et que mes enfants, nous avons partagé le petit-déjeuner, le déjeuner, nous avons parlé ensemble, ri et joué. Et de tout ce temps, aucun malaise, et je vous le dis au cas où cela soit passé par votre tête : aucune relation à plus de deux !

Il s’agit vraiment de sentiments simples : on s’aime, on se le dit, on se le montre à notre manière. Je n’aime pas plus ma chère et tendre que mon coquelicot, pas moins non plus. De la même façon que j’aime mes enfants de manière différente mais sans échelle, mon cœur bat aussi fort pour ces deux femmes.

Et pour cette nouvelle personne également.

Comme je vous le disais, mes feuilles sont aisément données. J’ai récemment rencontré une autre personne, et mon cœur bat pour elle de plus en plus fort à chaque fois que je la vois. Je la trouve fabuleuse, fascinante. Nous rions ensemble, plaisantons, échangeons sur nos vies passées et présentes, et j’éprouve une grande tendresse pour elle, peut-être plus.

Est-ce partagé ? Je crains de plus en plus que non. Ma propension à l’angoisse n’aide guère à être optimiste, certes, et mon manque de confiance en moi non plus ! Mais bien qu’elle m’ait dit ne pas savoir elle-même, sa distance lors de notre dernière rencontre m’a laissée pour le moins pensive à ce sujet… Le polyamour n’est en rien supérieur à l’exclusivité sentimentale : les peines de cœur peuvent se multiplier !

Et qui me réconforte dans ce chagrin d’amour ? Des amis, bien sûr, mais avant tout ma chère et tendre et mon coquelicot. C’est un vécu étrange que d’être soutenue ainsi par elles, puisqu’on intériorise beaucoup de clichés et de préjugés, en projetant une éventuelle et illusoire jalousie sur l’autre, et qu’on la craint. Mais elle n’est pas là, je ne rencontre que des sourires de compassion, des bras tendres et des lèvres pleines de chaleur.

Les difficultés ne viennent, au final, que du regard d’autrui. La famille, qui parfois considère ça d’un mauvais œil ; des connaissances, qui confondent amour foisonnant et drague permanente. Mais nous sommes heureuses… et au fond, n’est-ce pas là le plus important ?

L’amour est un sentiment sublime et puissant. Qu’il soit unique ou multiple, sa force n’est en rien minimisé, et croyez que je n’aime jamais à moitié, souffrez que je sois sincèrement fidèle aux personnes aimées, sachez que chaque mot prononcé est un serment aussi solide que les vôtres.

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