Joyeuses fêtes !

Ben quoi ? Il paraît qu’on a tout janvier pour souhaiter la bonne année.

BON. J’espère que vous avez passé une bonne fin d’année. Personnellement, oui… et pourtant, c’était pas gagné. La situation fut assez particulière, et délicate à gérer. C’était mon premier Noël, mon premier nouvel an depuis ma transition, et je n’avais aucune idée de comment gérer certaines choses ; j’ai fait ce que je pouvais pour à chaque déconvenue transformer ça en événement positif. C’est crevant, mais ça fonctionne !

Allez, résumé.

Donc. D’abord : Noël. Je devais initialement le passer chez la mère de ma compagne, en Corrèze, avec beaucoup de famille. L’idée pouvait paraître agréable… mais deux ou trois personnes invitées étant ce qu’elles sont, je le sentais mal. Il fut donc suggéré de le passer en plus petit comité, chez la tante de ma chère et tendre. Elle était déjà au courant, ça aurait dû bien se passer, et j’étais assez enthousiaste… sauf que.

Sauf que son mari et elle ont eu la merveilleuse idée de parler de ma “situation” à un ami à eux. Qui se trouve être psychanalyste. Ouip. Je sais pas si vous me voyez bien venir, là, alors je vous explique.

Déjà, raconter à n’importe qui qu’une personne est transgenre (ou homosexuelle, ou intersexuée, ou musulmane, ou vote FLUO, et j’en passe) sans son accord, c’est une violation de la vie privée. Et ce n’est pas moi qui le dis, mais l’article 9 du Code Civil, hein. Et bien entendu, quand une telle violation peut entraîner des discriminations, cela peut se trouver aggravé selon l’appréciation du tribunal. Mais je vous rassure, je ne vais pas déposer plainte pour ça. Pas cette fois, tout du moins.

Ensuite, parler d’une personne transgenre à un psychanalyste… Comment dire. Outre le fait que la psychanalyse est une pseudo-science au même titre que l’homéopathie, il faut savoir que l’un des prophètes de cette simili-religion est, en France, Lacan. Non, on ne dit pas Jacques Lacan, on dit Lacan. Il n’y en a eu qu’un, et il ne peut y en avoir d’autres après lui.
En tout cas, ce cher Lacan avait une vision bien particulière des personnes transgenres. Vous pouvez en voir un extrait ici, et je vous préviens : ça fait peur. Il faut savoir que ce cher monsieur nous voyait comme des psychotiques avec un délire d’amputation. Et si vous pensiez que ses théories fumeuses s’étaient éteintes avec lui, détrompez-vous. Elles furent sacralisées par ses disciples.
Vous constaterez que je ne parle que de femmes transgenres ici ; c’est normal. J’ai eu beau chercher pendant des jours, il me fut impossible de trouver une seule trace d’homme transgenre dans ses séminaires, ou toute autre écrit relatant ses propos. Étrange…

Cette digression étant terminée, revenons donc à leur ami psychanalyste. J’ai évidemment entendu qu’il respectait, ne jugeait pas, et tout le baratin habituel de ces charlatans pour dire qu’en réalité, ils nous voient comme des malades à analyser, guider vers le Vrai Chemin de la Vérité Vraie : celui du phallus. C’est ainsi que, quelques semaines plus tard, ma compagne put entendre que je devais “faire une analyse”, et “régler les problèmes avec [ma] mère” ; ce qui est cocasse, puisque mes rapports avec ma chère maman sont bien meilleurs depuis le début de ma transition. Il est également intéressant de noter que selon cette chère tante, m’habiller avec des bottes à talons ou un manteau cintré pour aller chercher mon fils à l’école était une provocation. Oui, c’est ce qu’on dit à des personnes portant une jupe quand elles subissent une agression sexuelle. Je n’ai subi qu’une agression verbale, mais le parallèle me semble – toutes proportions gardées – assez juste.

Sur le coup, je n’ai su comment réagir, surtout que ces mots étaient comme d’habitude adressés à autrui. Il est étonnant de constater à quel point les personnes qui “ne jugent pas” se permettent de parler de nous dans notre dos, tandis que rien n’est jamais formulé directement. J’ai donc demandé conseil auprès de proches, et c’est une amie qui me fit comprendre ce qu’il se passait là : on venait de me qualifier de folle devant se faire soigner. Les maladies psychiques ne sont certes pas une honte en elles-mêmes, mais cela reste une injure courante pour rabaisser les personnes. J’ai donc été insultée, suite à une atteinte à ma vie privée. Par une personne me répétant à l’envi que “la famille, c’est sacré”. Je n’ose imaginer comment elle considère le profane.

J’ai donc fini par décider de ne pas y aller. Ma compagne, de son côté, a choisi d’y accompagner nos enfants pour qu’ils voient leurs grands-mères, ce que je ne pouvais qu’approuver. Et moi, de mon côté ? Que faire ? Hé bien, transformer une blessure en soin : je me suis proposée comme volontaire pour encadrer le réveillon du CGLBT, puisque personne ne pouvait à ce moment. Sept personnes devaient passer Noël isolées ; sept personnes ont mangé, discuté, ri jusqu’à minuit et plus. Un joyeux Noël, en définitive, dans un cadre bienveillant et serein. Nous avons eu de la chance : chaque année, ce sont des centaines – voire plus – de personnes qui passent les fêtes seules, car rejetées ou méprisées par leur famille. Cette situation, bien qu’en recul, perdure encore dans tous les milieux sociaux et culturels.

Et le nouvel an, me direz-vous ? Puisque nous avions passé Noël séparés, nous l’avons fêté à quatre : ma compagne, nos enfants, et moi-même. Ce fut simple, agréable et joyeux.
Jusqu’au message envoyé à deux heures du matin sur mon téléphone, qui nous réveilla toutes les deux, surtout avec l’appel qui s’ensuivit. Le contenu du message ?

“Bonne année mec !”

Au début, j’ai pensé à une personne non informée, même si celles-ci doivent se compter sur les doigts d’une seule main. Mais rapidement, je compris qu’il s’agissait d’une personne de l’association de jeux que je fréquentais ; et l’appel put me confirmer une chose, c’est que les rires autour à chacune de ses “plaisanteries” mal genrées le soutenaient dans son œuvre. Bien entendu, si l’alcool aida ce jeune garçon hagard à pousser l’injure aussi loin, rien n’encouragea les rieurs à se dénoncer, dans leur infini courage.
Cela faisait déjà quelques mois que me revenaient des choses désagréables de ce lieu : des “blagues” douteuses, toujours dans mon dos ; des commentaires sur ma “lubie”, sur mon “délire”, toujours au masculin ; ces derniers temps, c’était même allé jusqu’à la circulation de captures d’écran de mon compte Twitter ou de mon Facebook, de photos de moi. Pour rire, encore et toujours.
On m’accusa là-bas de bien des maux, mais personne n’y précisera que je ne m’étais brouillée qu’avec deux personnes sur place. Sur plus de cinquante membres. Et cela suffit pourtant à générer un nombre impressionnant de comportements hypocrites et injurieux. Oh, pas de tout le monde, loin de là, non ! Une poignée, encore une fois, la plupart étant dans l’indifférence la plus totale face à mon identité – ce qui est, je le maintiens, la réaction la plus agréable à mes yeux. Mais cette poignée a suffi, pour moi comme pour d’autres auparavant, à me décider. Après 7 ans dans ce club, j’en suis définitivement partie.

Et que faire de ça, cette fois ? Hé bien ! Il se trouve que plusieurs tables de jeu de rôles sont en train de se monter, ainsi que des groupes de jeux de plateau. Je vais maîtriser au moins une des tables. Et peut-être, prochainement, monter une nouvelle association ; celle-ci serait, bien entendu, inclusive !

Et je pense que l’esprit des fêtes, le vrai, c’est cela : savoir faire table rase, ne pas garder rancune, et changer le mauvais en bon. Est-ce que j’ai de la colère contre ces personnes tant méprisantes que méprisables ? Bien entendu ! Mais il me faudra m’efforcer d’oublier tout cela, et de poursuivre ces actions. Et soutenue comme je le suis, ce sera plus facile qu’on ne le croit.

Bref. Bonne année 2016 !

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